Cheval attelé partant au galop, suivi par un chien

ARCHIVE

Alfred de DREUX

Cheval attelé partant au galop, suivi par un chien

Aquarelle gouachée rehaussée de blanc sur traits de pierre noire
24 x 32,3 cm
Signé à la plume Alfred D.D. en bas à gauche

Provenance :

France, collection particulière

Bibliographie :

Marie-Christine Renauld Beaupère, Alfred de Dreux, le peintre du cheval, Éd. Caracole, 1988

Marie-Christine Renauld, L’univers d’Alfred de Dreux, suivi du catalogue raisonné, Actes-Sud, 2008

Né en 1810 au sein d’un milieu profondément lié aux arts, Alfred de Dreux reçoit très tôt une formation nourrie par l’héritage familial. Son père, l’architecte François-Joseph Dreux, l’initie aux fondements du dessin, essentielle dans la formation du futur peintre. Mais la véritable sensibilité artistique du jeune homme se façonne dans un cercle plus large, marqué notamment par la figure de son oncle, le peintre Pierre-Joseph Dedreux-Dorcy qui lui conseille une formation après de Théodore Géricault. Sa formation prend dès lors un tournant décisif. L’influence du maître romantique est fondamentale : Géricault transmet à de Dreux une approche nouvelle du cheval, envisagé non comme simple attribut aristocratique mais comme un être vivant, puissant et dramatique. L’étude attentive de l’anatomie, l’observation directe dans les écuries et la fascination pour le mouvement deviennent dès lors centrales dans son travail.
L’artiste regarde également vers l’Angleterre, où la peinture hippique connaît un essor remarquable. Les compositions de George Stubbs, diffusées en France par les collections privées et les estampes, nourrissent sa compréhension scientifique du cheval et l’équilibre entre précision et élégance. Toutefois, il adapte ces influences étrangères à une sensibilité française plus narrative, attentive aux codes sociaux et au récit.
Ses premiers succès au Salon dans les années 1830 lui donnent accès aux cercles aristocratiques proches de la cour de Louis-Philippe. Il devient alors le chroniqueur privilégié d’un monde où l’équitation incarne distinction, maîtrise et modernité.

Notre aquarelle capture un moment de bascule. Un attelage lancé à vive allure tente de franchir un muret de pierre ; le cheval se cabre dans un bond tandis que le conducteur, projeté vers l’avant, lutte pour maintenir la trajectoire. À l’arrière, la scène désordonnée présente le passager éjecté à droite de la composition, et le chien aboyant et courant dans la poussière pour rattraper son maître.
Le paysage ouvert, presque paisible, contraste avec la puissance du mouvement. A travers ces amusantes aquarelles dont on connaît d’autres exemples (ill. 1), l’artiste révèle la fragilité d’un loisir aristocratique fondé sur la maîtrise apparente : derrière l’élégance du sport hippique et le divertissement aristocratique, surgit toujours la possibilité de l’inattendu.

Le dessin, précis et assuré, maintient l’équilibre de l’ensemble malgré la complexité narrative. En utilisant l’aquarelle, de Dreux traduit la spontanéité de l’exécution : les lavis translucides laissent la lumière traverser le papier et animer la scène. Les touches rapides suggèrent davantage qu’elles ne décrivent : la tension musculaire du cheval, la rotation de la roue, la chute des corps sont rendues par une économie de moyens remarquable. Familier de ce médium, le peintre exploite ici pleinement la souplesse de la matière pour traduire la vitesse, comme si la fluidité de l’encre elle-même participait encore à l’élan de la scène.

À travers cette composition vive et presque théâtrale, Alfred de Dreux transforme un incident en spectacle pictural. L’œuvre témoigne de son regard aigu sur le monde équestre, mais aussi de sa capacité à capter l’instant fugitif où l’ordre vacille. Entre virtuosité technique et sens du récit, cette aquarelle rappelle que le mouvement n’est jamais seulement physique : il est émotion, tension et vie saisie dans son élan le plus fragile.

M.O