Vue de maisons au printemps

Constant MONTALD

Vue de maisons au printemps

1917
Gouache sur papier marouflé sur carton
Signé et daté en bas à droite « C. Montald 17 »
70 × 88,5 cm

Provenance :

Belgique, collection particulière (acquis en vente publique en 1993)

France, collection particulière

Bibliographie :

Service Culture de Woluwe-Saint-Lambert, « Constant Montald », ArchivIris, 11 août 2019

Camille Brasseur, « Constant Montald », Nouvelle Biographie Nationale, vol. 13, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2016, p. 249-252

Peintre originaire de Gand, Constant Montald reçoit sa formation à l’Académie des Beaux-Arts de sa ville natale avant de poursuivre son apprentissage à Paris. En 1886, il présente au Salon de Gand sa première toile de grand format, La Lutte humaine. La même année, Diagoras porté en triomphe par ses fils, vainqueurs des Jeux olympiques lui vaut le Prix de Rome belge, qui lui ouvre les portes de l’Italie, où il séjourne de 1887 à 1890. Ce voyage constitue une révélation. La splendeur des décors monumentaux de Saint-Marc à Venise, la puissance visionnaire de la chapelle Sixtine et le mystère des fresques de Pompéi exercent sur le jeune artiste une fascination profonde. Il prend alors conscience de sa propre vocation : celle d’un art monumental, dont la beauté puisse élever l’esprit du spectateur et se faire porteuse d’un idéal moral.

À partir des années 1890, Montald se rapproche de l’Idéalisme animé par Jean Delville. Issu du climat intellectuel du symbolisme, ce mouvement s’inscrit dans le prolongement des courants spiritualistes et ésotériques qui traversent la Belgique à la fin du siècle. Cherchant à dépasser la représentation du monde visible pour exprimer des valeurs universelles telles que la Force, la Grâce ou la Pureté, Montald élabore un langage caractérisé par des compositions symétriques et aisément lisibles, où des figures souvent nues ou idéalisées s’inscrivent dans une nature luxuriante et intemporelle. En 1896, il participe au Premier Salon d’Art idéaliste organisé par Delville, aux côtés de Victor Rousseau et Léon Frédéric. Il réalisera par la suite plusieurs œuvres, parmi lesquelles La Barque de l’Idéal et La Fontaine de l’inspiration, conçues pour le grand forum du musée de Bruxelles et aujourd’hui conservées aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

Vers 1910, Montald fait construire une villa-atelier au 270 chaussée de Roodebeek, à Woluwe-Saint-Lambert, dans l’est de Bruxelles. Elle devient un lieu de rencontre de son cercle artistique et intellectuel, fréquenté notamment par son proche ami, le poète Émile Verhaeren, ainsi que par l’écrivain Stefan Zweig et par la reine Élisabeth. C’est dans ce cadre que l’artiste traverse la Première Guerre mondiale. Alors que l’occupation allemande entraîne l’interruption de ses commandes monumentales, il se tourne vers une peinture de chevalet aux dimensions plus contenues. Ses sujets puisent désormais dans son environnement immédiat : jardins, maisons et habitants du voisinage. Cette évolution ne constitue pas pour autant un renoncement à ses ambitions artistiques. Au contraire, Montald transpose le réel dans des compositions d’une grande rigueur, où l’équilibre des formes, la symétrie et l’harmonie chromatique continuent de construire une vision idéalisée du monde.

Notre tableau appartient à cette période. Deux maisons jumelles occupent le centre de la scène, deux petits chemins s’ouvrant vers le spectateur comme une invitation à pénétrer dans cet univers paisible. Soigneusement entretenues, les habitations se détachent au milieu d’une végétation florissante : arbres en fleurs, pelouses tondues et parterres ordonnés dessinent un paysage où l’intervention humaine semble s’accorder parfaitement aux rythmes de la nature. Pourtant, aucune figure humaine n’anime la scène. Cette absence instaure une atmosphère suspendue, presque irréelle, évoquant un idéal d’existence que la guerre a rendu plus fragile et éphémère. La même aspiration se retrouve dans d’autres paysages réalisés durant ces années, notamment dans une vue printanière de la maison bleue ainsi que dans des paysages enneigés, aux formats presque identiques.

Après la fin de la Grande Guerre, Montald renoue avec son engagement public. En 1925, une salle entière du pavillon belge de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris est consacrée à son œuvre. En 1929, la Banque nationale de Belgique lui confie la conception du nouveau billet de 10 000 francs, dont le décor déploie un riche vocabulaire allégorique et des symboles de prospérité. Parallèlement, Montald poursuit pendant trente-six ans son enseignement à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, où il forme notamment René Magritte, Paul Delvaux, Victor Servranckx et Anto Carte.

Notre œuvre témoigne ainsi d’une des phases les plus délicates de la production artistique de Montald, lorsque la guerre menace ses moyens sans pour autant remettre en cause ses principes moraux. Face à ces circonstances, Montald fait preuve d’une grande résilience : loin de constituer un simple repli, le passage au petit format révèle au contraire la permanence de sa vision artistique. Derrière l’apparente simplicité du sujet se dessine une peinture profondément poétique, capable de transformer un fragment du quotidien en une méditation sur des idéaux d’existence dont la portée, au-delà du temps, demeure universelle.

D.G.