Cailhau, amandier en fleurs

ARCHIVE

Achille LAUGÉ

Cailhau, amandier en fleurs

Pastel sur papier
Cachet de la signature de l’artiste en bas à droite A. Laugé
54,5 x 37,5 cm

Provenance :

Vraisemblablement vente de l’atelier Achille Laugé, 2e vente, Hôtel Drouot, Paris, 11 mars 1977, N°72

Collection particulière de Mlle J.

France, collection particulière.

Bibliographie :

J.-Achille Laugé et ses amis, Bourdelle et Maillol, cat. exp. (Toulouse, musée des Augustins, 1961), Toulouse, 1961

Nicole Tamburini, Achille Laugé. Le point, la ligne, la lumière, cat.exp. (Carcassonne, musée des beaux-arts, 16 octobre 2009-16 janvier 2010, Limoux, musée Petiet, 17 octobre 2009-15 janvier 2010, Douai, musée de la Chartreuse, 26 février-6 juin 2010), Milan, Silvana, 2009

Fils de cultivateurs de l’Aude, Achille Laugé grandit dans la ville de Cailhau. Probablement contraint par ses parents, le jeune homme suit une formation de pharmacie qui le conduit à Carcassonne, ville dynamique dans laquelle il fréquente l’école des Beaux-Arts. Entre 1876 et 1881, il y rencontre de jeunes artistes prometteurs dont Antoine Bourdelle avec qui il noue une profonde amitié. Son don inné pour l’exercice artistique le pousse à abandonner ses études scientifiques au profit du dessin. En rejoignant Paris, il accède à l’école des Beaux-Arts, poursuit et termine sa formation aux côtés d’Aristide Maillol.

Au Salon des Indépendants de 1886 à Paris, Laugé est profondément marqué par la découverte du tableau manifeste de Georges Seurat, « Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte ». Cette rencontre décisive oriente durablement sa recherche picturale.
Après sept années immergé dans la vie culturelle et artistique foisonnante de la capitale, il choisit de regagner son Languedoc natal, en quête de calme et de lumière — deux éléments qu’il s’emploiera désormais à transposer sur la toile. Il embrasse les principes du néo-impressionnisme et adopte la technique de la couleur pure divisée.
La solitude devient alors le moteur de sa création. Laugé aménage dès lors une « roulotte-atelier » (ill. 1) qui lui permet d’arpenter les routes tout en dessinant et peignant sur le motif par n’importe quel temps. Comme nombre de ses contemporains, l’artiste explore la notion de série, représentant inlassablement les routes de Cailhau. Cette répétition lui permet de se confronter à l’exercice du réel, et de restituer sans artifice ce que l’œil perçoit. Dans ces paysages savamment construits, il s’attache à saisir les subtiles variations de la lumière et le passage des saisons, dans leurs nuances les plus délicates.

C’est à Cailhau que Laugé déploie, par le biais de ses pinceaux et de ses crayons, une vision de calme et de sérénité incarnée par les arbres — symboles mêmes de la vie, indifférents aux tourments humains (ill. 2). Dans la plénitude zénithale d’une journée d’été, un amandier en fleur trône au centre de la composition. Majestueux, il occupe la majeure partie de la feuille. Ses branches fines et élancées semblent vouloir rejoindre le ciel, tandis que ses racines solidement ancrées dans la terre lui confèrent une allure fière et paisible.

L’artiste se révèle maître dans l’art de mettre en lumière le silence et l’immobilité de la nature. Seul face à l’éclatante clarté méridionale, il exprime un profond sentiment de tranquillité. Son sens aigu de la composition, d’une rigoureuse géométrie révèle un goût affirmé pour le vide. De son travail naît une harmonie entre lumière, espace et matière.

Cette éclosion du néo-impressionnisme s’exprime pleinement dans ces paysages dont notre feuille est un excellent exemple. Dans cette vision délicate d’un arbre qui semble écrasé par la chaleur, l’utilisation du pastel lui permet de rendre les éléments vibrants dont le ciel, fait d’un bleu très pur. La délicatesse des tons rappelle la sensibilité de ce maître de la touche divisionniste, mise en valeur par l’usage ingénieux du papier laissé en réserve dans la partie inférieure pour suggérer la couleur naturelle de la terre.

Laugé était un artiste accompli, entièrement dévoué à son œuvre mais dut cependant affronter le refus de ses parents, opposés à son choix de carrière et décidés à ne pas lui apporter leur soutien. En ces temps difficiles, Laugé doit financer son matériel, notamment ses couleurs. Ingénieux et déterminé, il contourne cet obstacle en fabriquant lui-même ses pigments à partir d’éléments végétaux, écrasant ou broyant des mûres et de l’ail sauvage. Bien qu’échangeant les recettes de peinture avec Bourdelle, la teinte jaune, couleur primaire essentielle à son travail, lui résista : il ne parvint jamais à la recréer selon ses attentes et fut contraint d’économiser pour en obtenir.
Le peintre méridional s’éteint en 1944, après avoir travaillé sans relâche, préservant l’originalité de sa palette et la liberté d’une touche toujours vibrante.

Nous remercions Madame Nicole Tamburini, spécialiste de l’artiste, d’avoir confirmé l’authenticité de notre pastel qui sera intégré dans le catalogue raisonné en préparation sur l’artiste.

M.O